Manga et IA : une révolution pour le meilleur ou pour le pire ?

Créer un manga à l’aide de l’intelligence artificielle est devenu possible, avec de la patience et une bonne maîtrise des « prompts » (les instructions données au logiciel). Les mangakas ne vont pas pour autant disparaître ! En revanche, l’IA bouleverse l’ensemble du monde du manga : artistes, éditeurs, traducteurs, lecteurs et même les « pirates » sont concernés.
L’IA, super assistant de demain
Cyberpunk Momotarô, le premier manga dessiné par une IA, est sorti au Japon en 2023. Peu d’expériences de ce genre ont suivi pour le moment. Avant de « savoir faire » du manga, une IA doit analyser et s’entraîner à copier des milliers d’œuvres. Est-ce légal ? Les lois varient selon les pays et, de plus, elles évoluent : c’est le grand flou !
En attendant, les éditeurs préfèrent éviter les ennuis. Le plus souvent, ils refusent donc les projets écrits ou dessinés à l’aide de l’intelligence artificielle. Le futur immédiat de ces technologies est plutôt de faire gagner du temps aux mangakas, en réalisant certaines tâches. Quitte à mettre au chômage les assistants humains qui les aident actuellement, en dessinant par exemple des costumes ou des décors ?

Cyberpunk Momotarô, le premier manga dessiné par une IA en 2023
Plusieurs mangakas, comme Boichi (Dr. Stone) et Kei Urana (Gachiakuta), ont supprimé du réseau social X les dessins qu’ils avaient postés. Ils refusent que leurs œuvres soient utilisées pour entraîner Grok, l’IA générative de X.
Le savais-tu ?
Voici quatre tâches que les mangakas peuvent confier dès à présent aux IA génératives (pour créer des images ou du texte) :
- Raccourcir les dialogues quand ils n’entrent pas dans les bulles.
- Créer des véhicules et des décors (ville, forêt, etc.). L’IA remplace alors la retouche des photographies sur le logiciel Photoshop (une technique très répandue de nos jours).
- Suggérer des idées visuelles (personnages, ambiances, éclairages, etc.) en cas de panne d’inspiration.
- Coloriser un manga entier. Suite au succès des webtoons, les lecteurs nippons réclament de plus en plus de mangas en couleur.

Conçu par une IA à partir de 65 œuvres du légendaire mangaka Osamu Tezuka, disparu en 1989, le manga Paidon a été publié au Japon en 2020.
En 2025, une étude a estimé le nombre de mangas lus ou téléchargés illégalement sur 900 sites. Résultat : chaque année, le piratage ferait perdre aux éditeurs japonais l’équivalent de 47 milliards d’euros. Le problème est réel, mais il faut prendre ce chiffre avec des pincettes. Car les lecteurs de « scantrad » n’auraient pas forcément acheté tous ces mangas.
À l’assaut des pirates !
L’IA est capable d’analyser des millions d’images. C’est donc devenu un outil idéal pour détecter, sur Internet, les copies illégales de mangas et d’animes. Ensuite, des plaintes sont déposées. Le tribunal de Tokyo peut ordonner la fermeture d’un site, même s’il est hébergé dans un pays étranger. L’intelligence artificielle permet donc d’accélérer la lutte contre le piratage, qui dure depuis des années.
Inonder le monde de mangas
La librairie en ligne emaqi.com propose plus de 6 000 tomes. On ne peut s’y connecter que depuis les États-Unis. Pour 10 % à 15 % de ces mangas, l’intelligence artificielle réalise la traduction et le lettrage (qui consiste à placer les textes dans les bulles ou en dehors). Cette première version est ensuite corrigée par des professionnels. Cela coûte dix fois moins cher qu’un travail entièrement confié à des humains.

Copie d’écran de la librairie en ligne emaqi.com
L’IA parle-t-elle manga ?
Grâce à l’intelligence artificielle, la société nippone Orange Inc. promet de réaliser 50 000 traductions de mangas en cinq ans. L’IA peut effectivement réaliser une traduction, en grande partie fidèle au texte japonais. Mais à ce jour, elle est incapable d’égaler un humain pour comprendre une blague, des nuances psychologiques ou bien l’aspect poétique d’un dialogue. En France comme dans d’autres pays, les professionnels de la traduction et du lettrage sont inquiets et en colère. Leurs emplois sont menacés, par une technologie qui reste inférieure à leurs connaissances de la langue et de la culture japonaise !
En résumé, avec l’IA, tout s’accélère dans l’univers du manga : la création, la traduction et le nombre de séries disponibles hors du Japon. Mais aussi les dégâts sur certains métiers et sur l’écosystème (l’IA consomme de grandes quantités d’électricité, et d’eau pour refroidir les serveurs).
Quelles avancées pour la japanime ?
- Décors, colorisation, animation, etc. Une majorité de studios ont déjà intégré l’IA à leurs méthodes de création. À l’inverse du manga, la japanime demande des moyens humains et technologiques énormes. L’IA sera donc incontournable.
- Grâce à l’IA, il est plus facile d’augmenter la résolution de l’image. Des animes plus anciens, en 720p, s’offrent une
- Fin 2025, Amazon Prime Video a confié à l’IA le doublage d’animes en anglais. Mais les voix et les intonations étaient catastrophiques…

The Doc & The Boy, un court métrage diffusé par Netflix Japan, dont une partie des décors a été réalisée avec des outils d’intelligence artificielle.
À regarder :
Un torrent d’images imitant le style du studio Ghibli s’est répandu sur Internet. Parfois pour diffuser des idées racistes. Comment empêcher cela ? Une vidéo de l’émission d’Arte, Le dessous des cartes, t’explique tout !









